Serge Mumbu: «Nous allons davantage développer le consulting les 5 prochaines années»

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Apres 5 ans d’exercice en RDC et dans la sous-région des Grands Lacs, Target l’un des cabinets d’études de marché le plus en vue dans le pays, peut se targuer d’avoir grandi. Serge Mumbu, le General Manager de l’entreprise s’en réjouit. Il évoque dans les lignes qui suivent les débuts difficiles de Target, le parcours plein d’embûches  mais surtout les perspectives qu’il estime prometteuses. Interview

Target totalise 5 ans d’existence ce jour. Que ressentez-vous au moment de cette célébration ?

Deux sentiments cohabitent. D’un côté, c’est la satisfaction d’avoir accompli 5 ans (beaucoup d’entreprises en général, et des PME en particulier disparaissent dans les 5 premières années) et d’avoir pu réaliser un rêve d’enfance (être à la tête de sa propre entreprise). Mais de l’autre côté, il y a un peu le goût de l’inachevé, c’est-à-dire  on se dit qu’on aurait pu faire encore plus et mieux à l’instar d’autres start-ups en RDC ou dans des pays comme le Kenya et le Nigeria.  Il y a encore un grand chemin à parcourir, de nouveaux challenges à réaliser ; ce qui fait qu’aujourd’hui on ne peut pas seulement se satisfaire d’avoir atteint 5 ans.

Quelle est la plus grande réussite de Target pour les 5 ans déjà parcourus ?

C’est le fait qu’on ait beaucoup innové en matière d’études de marché, par ce qu’aujourd’hui Target est l’un des rares cabinets d’études de marché en RDC à disposer d’un panel en ligne de près de 1500 répondants dans les principales villes de RDC. Ce qui offre la possibilité d’interroger rapidement et à un moindre coût des Congolais grâce à internet.

C’est vrai que la réalisation des enquêtes par panel pose encore quelques difficultés liées principalement à la mauvaise qualité de la connexion internet en RDC et au fait que les Congolais n’ont pas encore l’habitude d’être interrogés en ligne, mais on est en train de bâtir sur l’avenir. De plus en plus dans le monde, les études de marché se font grâce aux nouvelles technologies (internet, smartphones, applications mobiles,…) et c’est important que Target soit déjà au diapason. 

Qu’est-ce que Target a apporté au secteur d’études de marché qui n’existait pas ou était peu exploité par vos concurrents ?

Je citerais d’abord la communication. A travers notre site internet www.target-sarl.cd  et les réseaux sociaux (Facebook, Twitter, Linkedin et Google+), nous avons beaucoup communiqué sur nos activités en général, et nos publications en particulier afin de donner un maximum d’informations sur un secteur peu connu du grand public. Les demandes d’informations, les CV et les offres que nous recevons régulièrement sur notre adresse électronique (info@target-sarl.cd) illustrent le feedback favorable de nos différents lecteurs.

Il y a ensuite les innovations. Target s’est très vite lancé dans l’utilisation des ordinateurs portables ainsi que des smartphones et tablettes pour la collecte des données sans compter le lancement de notre panel en ligne. C’est la participation à diverses conférences organisées par les organisations internationales œuvrant dans le domaine des études de marché (Esomar,  Win Gallup, SAMRA …) qui nous a vite fait prendre conscience de l’impérieuse nécessité de nous adapter à l’évolution technologique et à abandonner progressivement les anciennes méthodes de travail (usage des questionnaires papier à remplir avec crayon, utilisation des encodeurs pour la saisie des questionnaires,…)

Quelles sont les difficultés majeures que le cabinet a rencontrées au cours de ces cinq premières années et comment les avez-vous surmontées ?

L’absence de notoriété et de références a été notre première difficulté. Le cabinet comprenait certes des personnes expérimentées dans le domaine des études, mais rien ne pouvait garantir du sérieux et de crédibilité de TARGET. Le préfinancement des études (Indices de consommation des produits et utilisation des services kinshasa,   Baromètre image des marques,  Statistiques sur les medias Kinshasa, Personnalites preférées à kinshasa …) et leur médiatisation, notamment grâce au site de notre partenaire www.mediacongo.net   nous ont aidé à mieux faire connaître TARGET et son savoir-faire.

La deuxième grande difficulté était d’ordre financier dans ce sens qu’il fallait à la fois acheter les matériels de travail (ordinateurs fixes, lap tops, logiciels, imprimantes,…) et préfinancer les premières études à montrer aux clients. Cela s’est fait essentiellement par autofinancement (grâce aux économies personnelles) et au moyen des prêts informels ou Banque Lambert (à des taux de remboursement très élevés) tellement les banques congolaises sont toujours réticentes à financer les nouvelles PME sans garanties (contrats, hypothèques,…). Nous avons traversé des moments très difficiles sur le plan financier la première année et c’est l’occasion de remercier ma principale associée Agnès Eketebi et toute l’équipe initiale de Target (Mireille Lumu, Sonia Bokako, Blaise Pezo, Hortense Mbumba et Aimé Kamuha) pour tous les sacrifices consentis surtout que le lancement de Target coïncidait avec la période d’incertitudes politiques en RDC liées aux élections présidentielles et législatives de 2011 (baisse des activités économiques).

Enfin, nous pouvons mentionner les réticences de certains clients sur notre capacité à fournir les études selon les standards internationaux. L’adhésion de TARGET à ESOMAR (l’association mondiale des professionnels des études de marché), le partenariat avec les cabinets globaux (particulièrement Ipsos), la participation régulière aux conférences internationales et les formations du personnel nous ont permis de vaincre cet écueil.

Quelles sont les ambitions de Target pour les cinq prochaines années ?

Target est un Cabinet d’études de marché et Consulting. Ce dernier aspect n’est pas très développé et nous aimerions le développer davantage au cours des 5 prochaines années (aider les investisseurs à pouvoir mieux s’installer en RDC et dans les pays environnants, accompagner nos clients en termes de vente et distribution, en termes de stratégies concurrentielles,…)

Il faut davantage internationaliser notre business ; c’est vrai qu’actuellement nous sommes opérationnels dans certains pays environnants (Burundi, Cameroun, Gabon et Rwanda) avec des équipes locales de consultants, mais on aimerait élargir le nombre des pays d’intervention à d’autres régions de l’Afrique grâce notamment à des partenariats avec d’autres cabinets d’études ou de consulting.

Comment entrevoyez-vous l’environnement des affaires en RDC et dans la sous-région des Grands Lacs pour les cinq prochaines années ?

Optimiste de nature, j’envisage une amélioration du climat d’affaires et de la stabilité politique en RDC et dans les Grands-Lacs. C’est une région riche en ressources minières et naturelles, on y trouve des jeunes entrepreneurs pleins de talents et d’ambitions, les investisseurs internationaux sont intéressés par le potentiel de cette région,… Il n’appartient plus qu’aux décideurs politiques (pouvoir et opposition) de prendre conscience des enjeux économiques et des opportunités susceptibles d'être exploités pour le bien-être des populations.

Mardi, 11 Octobre, 2016 - 08:50
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